L'évolution du marché des EHPAD depuis vingt ans

 

Pouvez-vous nous indiquer en quelques phrases les grandes évolutions que vous avez constatées dans le profil de vos résidents au cours des 20 dernières années ?

Nous avons constaté deux évolutions notables dans le profil de nos résidents. D’une part, nos résidents suivent l’évolution de la pyramide des âges et sont donc plus âgés. L’âge moyen d’entrée en EHPAD est passé de 74 à 85 ans aujourd’hui, celui d’entrée en Résidence Seniors est en moyenne de 83 ans. Ils arrivent aussi plus dépendants en EHPAD et la rotation des résidents s’accélère.
D’autre part, les résidents se sont aussi transformés en consommateurs aguerris : ils ont accès à l’information et aux nouvelles technologies qu’ils utilisent pour comparer les offres comme pour n’importe quel produit ; leurs exigences en termes d’habitat, de service et de bien-être augmentent et il faut les anticiper.

 

... L’âge moyen d’entrée en EHPAD est passé de 74 à 85 ans aujourd’hui, celui d’entrée en Résidence Seniors est en moyenne de 83 ans.

 

L’accroissement de la dépendance au sein des EHPAD, est-elle compatible avec l’accueil de résidents peu ou pas dépendants ? C’est la raison qui explique que votre groupe se développe aujourd’hui aussi dans les résidences services seniors ?

Non, l’accroissement de la dépendance au sein des EHPAD n’est pas compatible avec l’accueil de résidents non dépendants. Le souhait du gouvernement est de n’accueillir en EHPAD que les personnes âgées les plus dépendantes afin de favoriser le
développement de l’aide à domicile et des résidences seniors. Emera, reconnu pour la qualité de son positionnement hôtelier, s’inscrit complètement dans cette logique en ayant été précurseur dans la mise en place du concept de parcours résidentiel, avec sur un même site une résidence seniors dédiée aux plus autonomes et un EHPAD en cas de dépendance.
Le parcours résidentiel correspond aussi parfaitement à des couples dont l’un des conjoints serait autonome et l’autre moins, évitant ainsi une séparation et soulageant la personne la plus autonome. Enfin, le parcours résidentiel nous permet de rajeunir
globalement nos établissements.

 

Quelles sont les motivations d’une personne âgée non dépendante pour intégrer une résidence services pour seniors ?

Les motivations d’une personne âgée pour rejoindre une résidence seniors sont doubles. D’une part disposer d’une sécurité PMR (personne à mobilité réduite) qui lui évite de tomber en raison du manque d’adaptation du domicile (marches contraignantes, absence de barres de maintien…). D’autre part, retrouver une vie sociale, parfois perdue à domicile, à travers des activités culturelles, sportives…
L’isolement est un des premiers facteurs de glissement vers la dépendance.

 

 

Dans vos activités vous avez participé à la construction de nombreux EHPAD, quelles sont les principales évolutions que vous avez constatées concernant la structure immobilière de ces établissements ?


Les évolutions constatées sont notamment liées à la modification des normes de construction. L’apparition en 2001 de la réglementation ERP (Etablissement Recevant du Public) de type J (structures d’accueil pour personnes âgées et pour handicapés) a engendré l’augmentation des coûts dans le cadre des restructurations des immeubles construits avant cette date. La réglementation PMR en 2007 a eu pour conséquence l’augmentation des surfaces et des coûts pour les constructions neuves et les restructurations des immeubles d’avant 2007. La création des Réglementations Thermiques RT 2005, puis RT 2012, des normes environnementales et des espaces Alzheimer ont également participé à augmenter les coûts de construction. Avant 2001, en MAPAD, il fallait 40 m² de SHON* par chambre, alors qu’en EHPAD il faut de 50 à 55 m² de
SHON par chambre.
Tous ces changements ont engendré une augmentation des coûts de construction de 25 % entre 2001 et 2018.

 

Toujours dans le domaine immobilier, pensez-vous que les prochaines décennies seront porteuses d’importantes évolutions pour les EHPAD ?


A mon sens, les prochaines évolutions seront une médicalisation plus importante et proche du Sanitaire (Fluides Médicaux - Oxygène et vide - dans les chambres), et l’apparition d’unité de fin de vie.
Les évolutions seront également très liées à la future Réglementation Thermique 2020 qui inclura des critères basés sur le bien-être des résidents, la qualité de l’air, l’isolation phonique mais aussi des aspects liés à la production d’énergie et l’empreinte environnementale.

Depuis quelques années très peu de nouveaux établissements sont développés faute de nouvelles autorisations. Pensez-vous que les pouvoirs publics pourront encore tenir longtemps cette position ?


La problématique est évidemment financière, les pouvoirs publics manquant cruellement de moyens. La clé de la reprise des créations d’EHPAD passe par le financement de la médicalisation. Or, la non reprise de la croissance et de l’emploi fait peser sur les comptes publics le financement social, auquel s’ajoutent les problématiques des régimes de retraite, lesquels ne sont pas à l’équilibre. Donc le mot d’ordre actuel est plutôt : « faites avec ce que vous distribue la CNSA** et gérez mieux car dans les années à venir, vous n’aurez pas mieux… ».

Tous les ministères font des efforts, la CSG frappe les retraités, donc oui cette situation perdurera. Les solutions privilégiées par les Pouvoirs Publics sont plutôt le maintien à domicile. Cette solution est difficile car l’adaptation des logements, les coûts des personnels infirmiers moins
rationnels en situation d’intervention dispersée que dans un EHPAD, et les problématiques neurodégénératives n’autorisent pas la vie solitaire des personnes âgées.

 

 

*SHON : Surface Hors OEuvre Nette remplacée en 2012 par la Surface de plancher.
**CNSA : Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie.